Fabrication d’une nouvelle vie - Partie II
Je prends ma place dans une maison modèle qui se remplit d’une âme : la mienne.
Nous y sommes enfin. En plein hiver. Au milieu d’une forêt
parée comme une mariée. Le vent souffle dehors et les bûches crépitent dans le
poêle à bois.
Nous avons l’impression de vivre dans un refuge, ni trop
grand, ni trop petit. Une grosse mini juste assez spacieuse pour que je puisse
m’étendre par terre en étoile pour le yoga du matin. Ah oui…le yoga, c’est
nouveau dans ma vie.
Cette maison, c’était d’abord une liste de matériaux, une
parade incessante de corps de métier. On a vu défiler maçon, électricien,
plombier, tireur de joints, peintre, cuisiniste et nos dieux, les charpentiers-menuisiers.
C’était une ruche, du bois et beaucoup de poussière. Je venais en écornifleuse
pour mesurer la progression des travaux. Un chantier rugueux, pas très
invitant.
Au fil des jours, la maison prenait forme. Et je sentais
grandir en moi une envie pressante : changer ma perspective, une fois pour toute.
Il y a le bois, les clous et tout ce qui compose la
charpente de la maison. Et il y a la
vision.
L’an dernier à pareille date, je marchais sur le terrain de
la future maison, entre les pruches. Je me souviens avoir enlacé la plus grosse
en lui demandant pardon avant la sentence finale.
La pruche a été coupée et on en a tiré une pile de belles
planches. C’est devenu le plafond de la terrasse extérieure. Un arbre
gigantesque devenu broderie, un arbre qui veille désormais sur notre destin
parce qu’il nous protège contre les intempéries. Je lève le regard et je
ressens de la gratitude.
Je me projette dans ce long processus du projet « Maison »,
désireuse de construire sur une base solide pour entamer le reste de ma vie.
Une maison qui m’inspire une relation étroite avec la nature. Une maison où je
veux m’initier au minimalisme pour contribuer bien humblement à un monde
meilleur.
Est-ce l’effet « page blanche » salvatrice que je
recherche à travers cette construction?
Un plan de maison, un plan tout court, c’est déjà une
destination, n’est-ce pas?
Ce plan, j’en ai vraiment besoin!
Depuis notre départ en Nouvelle-Calédonie en 2010, je me cherche.
Je cherche ma valeur. Je cherche les morceaux qui me permettront de faire la
somme de tout ce que je suis devenue.
Avant l’expatriation, j’étais la lectrice du bulletin de
nouvelles à TVA. Je cochais les items sur une liste de choses à faire, TOUS LES
JOURS. J’accomplissais une mission avec une équipe de professionnels :
informer. J’étais capable de faire une converse en direct avec un invité alors
qu’on me donnait des instructions dans mon télex. Parler et écouter en même
temps, c’est une aptitude à la fois inutile et formidable. Je me sentais efficace,
importante et connectée au monde.
Je ne pourrais plus être cette femme-là, forte et courageuse.
C’est loin derrière moi.
Depuis 10 ans, je regarde dans le rétroviseur et il me
semble que je m’éloigne de ce que j’étais : la frondeuse, la « pas
barrée », l’énergique. C’est devenu un tout petit point sur l’horizon.
Au lieu d’apprécier la simplicité du bonheur d’être en
famille, je me suis empêtrée dans des épisodes angoissants. Un cancer, une
perte d’emploi douloureuse, de la houle, beaucoup de houle…
Il y a des jours où c’est carrément angoissant. J’attaque un
projet avec enthousiasme pour ensuite le laisser tomber en me demandant WTF?! À
quoi bon, suis-je vraiment à la hauteur? Quelle est ma place dans le monde?
Maintenant que mes enfants sont grands, qu’est-ce que je
peux apporter de plus? Aimer, bien sûr, je continue à aimer…Mais ensuite? Ce
qui m’obsède, c’est le petit point à l’horizon que je suis devenue.
Alors voilà, je suis en train de poursuivre le plan, même si
la maison est terminée. C’est l’essence même de ce blogue, « construire,
se reconstruire ».
Cette onzième maison s’est érigée avec des clous, du bois mais
surtout, avec une intention formelle, coulée dans le ciment : je veux vivre,
simplement, pour faire un peu plus de place à la femme que je suis. La femme
que je mérite d’être.
Je veux changer la perception négative que je traîne depuis
10 ans.
Ce n’est pas vrai que je m’éteins sur une ligne d’horizon.
En fait, cette lueur, c’est le point de mire. C’est la
nouvelle détermination que je sens monter en moi, à condition de ne pas l’étouffer
avec une estime en déroute.
Ceci n’est pas une série de résolutions qui, nous le savons tous, s’avèrent
trop souvent vaines et meurent au feuilleton.
Je me soigne désormais avec un plan.
Je suis cet arbre, jadis si grand. Aujourd’hui, cet arbre se
transforme pour diffuser son essence, sa chaleur.
Je suis bienveillante, d’abord envers moi-même. Plus jamais
je ne serai l’équilibriste qui parle et écoute en même temps. Je n’ai plus peur
du vide de l’horizon.
Maintenant, j’agis. Je ne tourne pas le dos à la
spiritualité. J’accepte le passé et tout ce qu’il a pu charrier, bon ou
mauvais. Je fabrique mais je me débarrasse tout de même du superflu. J’expérimente
la détox, alcool, sucre, viande, médias sociaux. Je réponds « présente »
à mes amis.es.
On ne va pas s’ennuyer, croyez-moi. S’aimer, c’est toute une
aventure!


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