La dérive du confinement
Une publication sur Facebook, un cri à travers l’intense babillage virtuel. La sobriété au temps du confinement dans nos maisons, ça se gère comment? Voici la réflexion de Nathalie H.
« L'amour de soi est si fragile, c'est vraiment le
temps de prendre soins de nous de s'aimer et de se le dire. La solidarité est
au rendez-vous, en couple, en famille, entre amis entre collègues, dans le
voisinage, dans la ville dans la province, le pays, le monde. Je ne prendrai
pas ce premier verre. »
(extrait du fil Facebook de Nathalie H.)
Nathalie H., comment te dire? C’est comme si tu m’avais pris
la main pour me montrer la profondeur de ton abîme dans lequel tu refuses de
sombrer.
Je connais cette noirceur-là.
C’était dans une maison-bijou, plantée devant un lagon
turquoise. L’hiver n’existait pas.
2012. L’album photos déborde de souvenirs heureux. Chevaux
sauvages, plages de bout du monde, allée de palmiers royaux, couchers de soleil
incendiaires.
Mon regard glisse sur les clichés, mes mains caressent
toutes les couleurs de ciel, refont le contour des sourires, mesurent la
grandeur des bonheurs.
Ah, comme je l’aimais ma vie là-bas, à l’autre bout du
monde! Indolente. Une journée d’écriture entrecoupée de cafés. Pause jogging
entre les cocotiers. Surabondance de moments bénits qu’il suffisait de cueillir
avec recueillement.
J’ai tant roté le mot "gratitude".
Mais, c’est là-bas, sans l’ombre d’un doute, où l’addiction
a pris une vitesse vertigineuse.
Ce que l’album photo ne montre pas? Une femme fin
quarantaine, qui errait en se drapant dans des humeurs cafardeuses. Confinée au
paradis. Il me manquait je-ne-sais-quoi dans ce décor du pacifique. Je
ressentais un vide, tout le temps.
Comment remplir cette cavité qui jour après jours prend de plus en plus de place? En buvant du vin. Tous les jours, une demi-bouteille pour célébrer la journée qui enfin se terminait.
Le « mommy’s juice » coulait à flot….
Mon sourire reprenait du service lorsque le soleil se
couchait. Ding! L’apéro de 17 heures sonnait. À chaque gorgée, ma bouche
s’emplissait d’un jus qui finissait par ne rien goûter. Mon palais était
endormi, ma mélancolie aussi. Je buvais en faisant la cuisine pour ma famille,
en dégustant du bout des lèvres le merveilleux repas, et pourquoi pas, en me
versant une autre généreuse coupe pour étirer un peu la discussion à table.
Inévitablement, je terminais la soirée abîmée. En pleine
nuit, je me réveillais en sursaut, ne sachant pas que mon foie faisait des
heures supplémentaires pour drainer l’alcool dans mon sang.
Le matin, j’étais parfois barbouillée. D’autres fois pas.
Qu’importe, je me levais toujours avec la même idée en tête : c’est aujourd’hui
que je vais arrêter. Une idée tellement omniprésente qu’elle finissait par
bousculer la création. J’ai cuvé mon vin en gribouillant pendant des heures sur
cette magnifique table de travail faisant face au plus beau lagon du monde. Je
partais ensuite courir entre mes chers cocotiers, pour avoir bonne conscience.
Et le soir, ma volonté plongeait avec le soleil dans l’océan pacifique.
Le cycle « vin quotidien » a accéléré ma dépression.
Jusqu’à ce qu’on m’annonce un jour que j’étais atteinte d’un
cancer du sein.
Est-ce que ceci explique cela?
Je ne cherche pas la réponse. Je cherche seulement à trouver
un sens à la sobriété.
Aujourd'hui, je suis une adepte de la sobriété "variable". Boire en pleine conscience. Tracer la ligne, littéralement, sur la bouteille. Prendre des pauses sans alcool. Méditer. Commander une coupe, une seule, que j’étire.
En ces temps de confinement, c’est facile de se donner une
routine quotidienne, un petit "remontant" à 17 heures.
C’est okay. Jusqu'à ce que ça ne soit plus okay...
La maison de Nouméa était formidable.
À part ce « trop » qui a précédé le verbe boire.
Ce "trop" que j'ai désormais remplacé par: "c'est assez".
Ce "trop" que j'ai désormais remplacé par: "c'est assez".


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