La nécessaire tyrannie des listes
Parce que ça prend un plan pour avancer dans la tourmente…
Chaque journée commence avec une phrase laissée en suspens :
Je devrais…
Je devrais : préparer une soupe avec des restes. Faire
une longue promenade. Dessiner un arc-en-ciel. Lancer une invitation Zoom à une
vieille amie. Méditer. Lâcher le linge mou.
Je devrais : ne pas sombrer.
Le jour se lève et mon esprit s’encombre avec un ramassis de
désirs, de bonnes intentions, de résolutions. Étourdie, je me rue sur la
machine à café pour doper ce regain d’énergie. Par où commencer? Comment
déjouer l’omniprésence du sujet du jour – LA PANDÉMIE- et poursuivre une vie un
tant soit peu normale?
En faisant des listes. J’organise le confinement en jetant
sur papier une énumération de choses à faire, de promesses à tenir et de
projets à démarrer. C’est une question d’équilibre mental car l’oisiveté m’affole
au plus haut point.
D’autant plus que je ressens un sentiment de honte en
pensant à tous ceux qui sont au front en train d’enfiler les heures
supplémentaires. Je rédige les listes et les dépose avec humilité sur l’autel
consacré à la dévotion des anges gardiens.
Une liste, c’est le miroir de mes envies avec en prime un
mode d’emploi pour rattraper toutes ces paroles lancées en l’air. Tous ces « je
devrais ».
Je refuse de me laisser écraser par cette liberté sans fond
qui, une fois la journée terminée, ne procure que déception. Oui, bien sûr, je
vais rester chez-moi. Limiter mes déplacements. Me racheter en faisant du
ménage pour ensuite me distraire jusqu’à l’engourdissement.
Mais on a le devoir d’avancer même si on ralentit.
Le pouvoir des listes? Une grande majorité d’entres nous est
cantonnée. C’est l’occasion de saisir l’opportunité, faire surgir le pouvoir
des encabanés. Déjà, nous formulons collectivement notre engagement face à l’achat
local. Nous étrennons bien malgré nous une conscience écolo flambant neuve. Saisir
les avantages pour fuir l’adversité. Dans mon cas, c’est se grouiller le
popotin pour faire échec à l’anxiété.
Le jour se lève et je dresse la liste en la coiffant d’un
titre au marqueur fluo :
C’est qui le boss? C’est moi!



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