On déménage!

C’est une maison sans cave ni grenier. Une maison pas de rideau. Une maison qui se cherche des souvenirs en guise de bibelot.
Elle ressemble à un petit paquebot couleur de nuit. Un
nouveau port d’attache ouvert sur le dehors. Bientôt remplie de notre chaleur,
de nos usages. Dans l’entrée, mon sac s’accroche tout seul et mes bottes de
mouton attendent comme deux chiens fidèles. Je suspends mon lourd manteau, fait
valser tuque et mitaines, et enfile mes mouflons pour aller vaquer,
télétravailler, farnienter et vivre ma vie intérieure. Douce routine.
C’est si étrange de se réveiller dans une nouvelle maison. C’est
comme si on partait à la chasse pour traquer son âme entre les clous qui pètent
et le bois qui sèche en toussant.
Tout est en ordre et cette rectitude monacale, on le sait,
se mettra à dérailler. Rappel de la simplicité trop vite oubliée parce que tous
nos rituels vont charrier des gugusses surgis d’on ne sait trop où, comme les
coquillages qui gisent sur une plage. Et le tiroir à cossins se mettra à
déborder, preuve indéniable de notre enracinement.
Je prendrai le balai pour mettre un peu d’ordre dans mes
idées. Pour imaginer la suite et écrire le bien-être qui se glisse en moi. Nous
y voici enfin, dans la demeure qui nous en a fait voir de toutes les couleurs.
La maison de nos rêves, et parfois, la maison de nos épouvantes.
Est-ce que je vous l’ai déjà dit? Cette fois-ci, c’est la
dernière.
Je vous entends sourire, incrédule. Mais si! Mais si! Je vous
jure!
Nous n’irons nulle part. À quoi bon, tout est à la dérive.
Et puis soyons honnête, le pays étranger est sur le pas de notre porte. Je
glisserai une poignée de noix dans mes poches avant d’aller jouer dehors en
raquettes.
La maison est terminée et pourtant, on continue à la construire.
Avec les réveils aérobiques, enroulés dans la laine, à jouer
à la marelle sur les flaques de lumière.
Avec un train-train quotidien bien huilée fait de toaster et
de machine à café.
Quelques errances entre la salle de lavage et les écrans
qu’on se promettra de fermer.
Sans crier gare, je m’arrête, étonnée. Je me surprends à « aimer »
ma maison comme on aime son père et sa mère.
Je m’y sens protégée, à l’abri, en sécurité, comme enveloppée
dans les bras d’un parent bienveillant. Même si l’hiver a sorti ses griffes.
Et je goûte à la douceur de dire tout bas, à son amoureux :
rentrons chez-nous.


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